Oubliez Mariah Carey et Tino Rossi ! Découvrez des chants de Noël pas du tout ringards !
Les chants de Noël ou Christmas carols sont issus d’une vieille tradition anglo-saxonne, encouragée par le goût profond du protestantisme pour la musique chantée. Et chaque année une multitude de chants, des plus traditionnels aux plus actuels, envahissent les ondes des radios américaines et britanniques dès la mi-novembre, s’immisçant ainsi dans la mémoire collective. Au-delà de l’aspect parfois répétitif voire redondant de certaines de ces chansons, on y trouve de véritables bijoux, mêlant impeccablement bonne humeur et mélancolie. Bref voici de quoi réchauffer et égayer vos soirées de décembre !
Les chansons de Noël sont indissociables de l’âge d’or des crooners dans les années 40-50. C’est à cette période que furent en effet créés les standards « White Christmas », « The Christmas song » ou encore « Have yourself a merry little Christmas ». Il faut dire que la voix chaude et flexible de ces chanteurs de charme, popularisés grâce à l’explosion de la radio durant cette période, s’accorde parfaitement aux thèmes volontiers réconfortants évoqués dans ces chansons. Mais les crooners ont également chanté des airs moins connus, comme ici Bing Crosby et le délicieux « Marshmallow world » ou Nat King Cole et son facétieux « All I want for Christmas is my two front teeth ». Quant à Johnny Cash, il apporte toute sa ferveur à « Ringing the bells for Jim ».
La nouvelle génération n’est pas en reste. En 2011, le canadien Michael Bublé s’impose comme la nouvelle voix de Noël dans les pays anglo-saxons, et dans son album sobrement intitulé Christmas, il ose même, au milieu des reprises attendues, une composition originale irrésistible « Cold december night ».Gregory Porter a proposé en 2018 une version à la fois tendre et sensuelle de « The Christmas song » créée par Mel Tormé en 1944. Et l’année 2020 voit la parution d’un album dédié à Noël du pianiste Chilly Gonzales, dans lequel il offre à Jarvis Cocker, mythique chanteur du groupe anglais Pulp, l’occasion de poser sa voix inimitable sur le poème « In the bleak midwinter ».
Les femmes aussi ont chanté et chantent Noël ! Elles ont repris, comme les crooners, des standards, à l’instar d’Ella Fitzgerald adaptant « Have yourself a merry little Christmas » dans une version swing beaucoup plus enlevée que la version mélancolique de Judy Garland tirée du film Le chant du Missouri. En 1953, Eartha Kitt ose la chanson sexy avec « Santa baby » et sa liste au Père Noël pleine de bijoux, de manteaux de fourrures et de voitures décapotables ! Dans un tout autre genre, elles ont également chanté des carols traditionnels, comme Joan Baez et l’émouvant « Coventry carol », connu pour avoir été chanté au cœur même de la cathédrale de Coventry en ruine peu après son bombardement pendant la 2e Guerre mondiale.
On leur doit aussi des créations originales. Joni Mitchell, dans son album incontournable Blue en 1971, écrit « River », évoquant une rupture amoureuse, sans penser que cette chanson deviendra peu à peu un classique des reprises de Noël. Quant à Tori Amos, elle publie en 2009 Midwinter graces qui reste un des plus beaux albums de Noël à ce jour, mêlant reprises et compositions originales.
Particulièrement bien implantée dans le monde anglo-saxon, la musique de Noël n’a pas cette aura nostalgique et chaleureuse dans le domaine francophone. Elle garde une image vieillotte, réduite souvent au seul « Petit papa Noël » de Tino Rossi. On est en droit de lui préférer le « Petit garçon » de Graeme Allwright et ses clochettes qui « tintinnabulent » !
De plus il existe une authentique tradition française de la musique de Noël, intimement lié à l’univers sombre de la chanson réaliste. « Le père Noël et la petite fille » de Brassens, sous des dehors joyeux, évoque à demi-mot la prostitution. Mais le plus poignant reste « Le Noël de la rue », créé par Edith Piaf en 1951, ici interprété par Olivia Ruiz sur un album de Noël orchestré en 2011 par Michel Legrand et mêlant des artistes et des chansons des deux rives de l’Atlantique autour d’un big band jazz et d’un orchestre symphonique.
Johnny Hallyday lui-même chante en 1973 « Noël interdit », évoquant ses souvenirs d’enfant délaissé par sa mère et qui n’a pas connu de Noëls heureux.
Heureusement, Papa Wemba, le roi de la rumba congolaise, nous ramène à l’aspect festif de cette période avec une version entrainante (sans grelot mais avec percussions) des « Anges dans nos campagnes » !
Et pour finir, les Wampas nous rappellent que même les punks peuvent chanter Noël !