Quelle est la représentation des Africains-Américains dans les films américains ?

Détroit : Film historique réalisé par Kathryn Bigelow avec Algee Smith, John Boyega, Jacob Latimore, Will Poulter…

Juillet 1967, des émeutes raciales éclatent à Détroit. Mais ce 25 juillet, Larry Reed ne pense qu’à la musique. Ce soir, son groupe signera peut-être un contrat avec la Motown. Au dernier moment, leur concert est annulé. Les musiciens se réfugient à l’Algiers Motel. La police et la garde nationale investissent l’établissement croyant y trouver des tireurs embusqués. Commence une nuit de terreur.

Detroit ne montre pas les figures charismatiques du Mouvement des droits civiques ou du Black Panther Party, la désobéissance civile ou les victoires judiciaires contre la ségrégation. Il montre des Africains-Américains, victimes de policiers violents et racistes et d’un système judiciaire inégalitaire. Pour faire échos aux bavures policières contemporaines ?

Que montrent les images d’archives des 23-27 juillet 1967 à Détroit ? Nous avons consulté les sites Library of Congress, American Memory, Digital Public Library of America, AP archive, The Internet archive, ITN Source et Walter P. Reuther Library of Labor and Urban Affairs de l’université Wayne de Détroit. Nous voyons surtout la contre-offensive du pouvoir : des vues aériennes des quartiers incendiés, des véhicules militaires, les interventions des pompiers, le maire de Détroit Jerome Cavanagh, le gouverneur du Michigan George Romney, des Africains-Américains anonymes, de dos ou à l’arrière-plan. 

Quelle est la représentation des Africains-Américains dans les films américains ? La color line séparait-elle aussi le cinéma ? Des films ont-ils permis une prise de conscience ? « Dès le début du cinéma, ou presque, deux productions coexistent parallèlement aux USA, sans jamais (ou rarement) se rencontrer : les films d’Hollywood, blancs, et une production indépendante noire, faiblement distribuée nationalement et limitée aux quartiers noirs. (…) Cette séparation à l’écran est à l’image de la société américaine » (Julien Sévéon page 7 ). Dans les films hollywoodiens, jusque dans les Années 20, ne jouent que des acteurs blancs grimés, appelés blackfaces. Les acteurs noirs sont confinés dans des petits rôles et des emplois stéréotypés de domestiques. « La situation changea lors du mouvement pour les droits civiques, qui poussa l’industrie du cinéma à donner des rôles importants à des acteurs afro-américains, et à traiter des questions brûlantes du racisme et de la place des Noirs dans la société américaine » (Pap Ndiaye page 150 ). En 1964, Sidney Poitier remporte l’oscar du meilleur acteur. Puis, dans les Années 70, intervient le phénomène de la Blaxploitation, les films d’exploitation noirs, c’est-à-dire tournés pour le public africain-américain par des acteurs africains-américains, comme Pam Grier, Jim Kelly, Fred Williamson. La télévision s’ouvre à la diversité avec les séries  Cosby show (1984-1992) et The Wire (Sur écoute, 2002-2008)  et le talk show The Oprah Winfrey Show (1986-2011). Se sont engouffrés dans la brèche Spike Lee, John Singleton, Julie Dash, Angela Bassett, Morgan Freeman, Eddie Murphy, Denzel Washington, Samuel S. Jackson, Halle Berry, Whitney Houston, Will Smith, Jamie Foxx, Forest Whitaker, Queen Latifah… En 1997, l’American Black Film Festival est fondé. Pourtant #OscarsSoWhite a démontré récemment qu’à tous les niveaux et dans toutes les branches de l’industrie cinématographique des discriminations perdurent. Le film de superhéros africains Black Panther de Ryan Coogler, Marvel et Disney marquera-t-il une nouvelle étape ?

 

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